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Orientations

Pourquoi davantage de jeunes se disent-ils LGBT+ ?

Les jeunes se déclarent plus souvent LGBT+ que leurs aîné·es. Les sciences sociales y voient moins une « mode » qu’un changement de génération.

Ce qui progresse le plus sûrement, c’est la possibilité de se nommer. Les chiffres décrivent une hausse réelle des déclarations, mais ils ne mesurent pas une essence fixe.

Ce que les chiffres français disent — et ne disent pas

L’enquête nationale Contexte des sexualités en France 2023 sépare attirance, pratiques et identité déclarée. Une personne peut vivre une attirance ou une relation sans employer une étiquette particulière, et l’inverse est également possible.

Chez les 18-29 ans, 2,6 % des femmes et 3,2 % des hommes se définissent comme homosexuel·les ; 9,6 % des femmes et 4,3 % des hommes comme bisexuel·les ; 3,1 % des femmes et 1,1 % des hommes comme pansexuel·les. La mesure plus large des personnes non « strictement hétérosexuel·les » combine attirances, pratiques et identité : elle ne signifie donc pas qu’un tiers des jeunes femmes « sont LGBT+ ».

L’enquête Envie de l’Ined, menée auprès de 10 021 jeunes adultes, retrouve cette diversité. Les écarts entre enquêtes rappellent surtout que la formulation des questions compte.

Une génération qui se reconnaît et se dit plus tôt

Une étude comparant des adolescent·es de minorités sexuelles, à âge égal mais ayant grandi dans les années 1990, 2000 ou 2010, montre que les cohortes récentes se reconnaissent plus tôt une identité minoritaire et en parlent plus tôt. En revanche, l’âge de la première attirance et celui des premières pratiques de même sexe restent comparables. Bishop, Fish et Russell, 2024

Le changement documenté est donc surtout un changement de calendrier : davantage de repères et d’espace pour raconter ce que l’on vit. Dans 28 pays européens, là où la stigmatisation structurelle est plus forte, les personnes LGB sortent plus tard du placard, y restent plus longtemps ou ne se dévoilent jamais. Layland et al., 2023

Des mots plus justes pour des parcours moins binaires

La progression est particulièrement visible dans les identifications bisexuelles et pansexuelles. Ces mots permettent à certaines personnes de ne plus choisir entre « hétéro » et « exclusivement gay ou lesbienne ». D’autres préfèrent « queer », « en questionnement » ou aucun terme.

Un mot disponible peut rendre une expérience pensable, partageable et parfois moins solitaire. Certaines personnes utilisent le même mot toute leur vie ; d’autres le précisent ou le remplacent. Dans les deux cas, elles n’ont rien à prouver.

Les enquêtes ne comptent pas toutes la même chose

Les National Academies distinguent identité sexuelle, attirance et comportements : ces dimensions peuvent ne pas correspondre chez une même personne. L’identité de genre doit elle aussi être mesurée séparément.

Une question limitée à « hétéro, gay/lesbienne, bi, autre » ne voit pas la même réalité qu’un questionnaire demandant séparément attirances, partenaires, identité et genre. Mieux mesurer ne crée pas une population nouvelle : cela évite de laisser hors champ des personnes auxquelles aucune case ne convenait.

Plus de visibilité, mais pas la fin du risque

Les droits acquis, les représentations médiatiques et la présence de personnes ouvertement LGBT+ offrent des repères que les générations précédentes ont souvent dû chercher seules. Cela ne signifie pas que la sécurité est devenue égale pour tout le monde : CSF-2023 montre que la transidentité demeure nettement moins acceptée que l’homosexualité.

Les travaux disponibles éclairent surtout un phénomène social : lorsque les mots, les modèles et les protections deviennent plus accessibles, davantage de personnes peuvent dire ce qu’elles vivent — sans que leur vie soit réduite à une tendance.

À retenir

Davantage de jeunes se disent LGBT+ parce qu’ils et elles n’ont pas grandi dans le même monde que leurs aîné·es. Les identités bisexuelles et pansexuelles sont plus visibles ; le coming out intervient souvent plus tôt ; les enquêtes posent des questions moins aveugles. Ces évolutions ne permettent ni de compter une « vraie » proportion intemporelle de personnes LGBT+, ni de mettre en doute la réalité des parcours.

FAQ

Un tiers des jeunes femmes sont-elles LGBT+ ?

Non. Le chiffre de 37,6 % de CSF-2023 combine attirances, pratiques et identité non strictement hétérosexuelles. Il ne correspond pas à la seule auto-identification LGBT+.

Pourquoi la bisexualité est-elle davantage déclarée ?

Parce que l’étiquette est aujourd’hui plus connue et qu’elle permet de décrire des parcours moins binaires. Elle ne résume pas, à elle seule, les attirances ou les expériences d’une personne.

Une identité peut-elle évoluer sans être « une phase » ?

Oui. Certaines personnes gardent le même mot ; d’autres en trouvent un plus juste avec le temps. Cette évolution ne rend pas leur vécu moins réel.