On ne choisit pas ses attirances ou son identité de genre comme on coche une case. Mais on doit pouvoir choisir comment, quand — et même si — on les raconte.
« Tu l’as choisi ? » La question revient souvent, parfois avec de la curiosité, parfois avec un jugement déjà prêt. Pourtant, elle mélange des choses très différentes : les attirances, le genre, l’apparence, les relations, les mots que l’on emploie pour parler de soi.
Avant de répondre, mettons les mots au clair
L’expression « identité sexuelle » est pratique, mais elle est aussi imprécise. Elle peut désigner plusieurs réalités qui ne disent pas la même chose.
L’identité de genre, c’est le sentiment intime d’être une femme, un homme, une personne non binaire, ou de se situer autrement. L’orientation sexuelle concerne les attirances affectives, romantiques ou sexuelles. L’expression de genre, elle, se voit davantage : un prénom, des vêtements, une coiffure, une façon de parler ou de se présenter. Enfin, les caractéristiques sexuelles et le sexe assigné à la naissance ne résument pas, à eux seuls, l’une ou l’autre de ces expériences.
Ce n’est pas une querelle de vocabulaire. Une personne trans peut être hétéro, gay, bi, pan ou asexuelle ; une personne cisgenre aussi. Et l’on peut avoir eu certaines expériences sans employer le mot que les autres attendent. L’enquête française CSF-2023 le rappelle : attirances, pratiques et identité déclarée ne se recoupent pas toujours. Inserm, CSF-2023
Autrement dit, aucun parcours n’a à suivre un scénario préécrit.
Ni une mode, ni un destin tout tracé
Les recherches ne racontent pas l’histoire d’un bouton que l’on pourrait activer ou désactiver. Elles ne permettent pas non plus de désigner une cause unique à toutes les orientations sexuelles ou identités de genre. Corps, développement, relations, langage, culture et histoire personnelle s’entremêlent sans se laisser réduire à une formule.
Le fait que la société compte ne veut pas dire qu’elle « fabrique » une identité de toutes pièces. Elle détermine plutôt ce qu’il est possible de dire, de voir et de vivre sans danger. Quand certains mots deviennent disponibles, quand une série, une personne proche ou une association donne enfin un miroir, il peut devenir plus facile de reconnaître ce que l’on ressentait déjà — ou ce que l’on n’arrivait pas encore à nommer.
Famille, école, travail, logement, accès aux soins : tout cela peut rendre un parcours plus léger ou, au contraire, beaucoup plus difficile. Les sciences sociales ne disent pas que l’environnement choisit à la place des personnes. Elles montrent qu’il peut ouvrir ou fermer l’espace nécessaire pour se comprendre et être reconnu.
Les mots peuvent changer, pas la légitimité d’une personne
Certaines personnes utilisent le même mot toute leur vie. D’autres changent de terme, prennent conscience d’une attirance, se sentent mieux dans une identité plus large, ou préfèrent n’en choisir aucune. Les études longitudinales observent bien que les étiquettes d’orientation sexuelle peuvent évoluer, notamment chez les jeunes et certaines minorités sexuelles. Ott et al., 2011
Cela ne prouve pas qu’une attirance se choisit sur commande. Cela peut simplement vouloir dire qu’une personne a trouvé un mot plus juste, qu’elle vit dans un contexte devenu plus sûr, qu’une relation a éclairé quelque chose, ou que les mêmes mots ne suffisent pas à dire toute une vie.
La même chose vaut pour les parcours de genre. Se questionner, changer son expression, demander que l’on utilise un autre prénom ou d’autres pronoms, entamer une transition sociale, administrative ou médicale : toutes ces expériences existent. Elles ne forment pas une marche obligatoire. Une transition n’est ni une preuve à fournir, ni une étape imposée. La Haute Autorité de santé rappelle d’ailleurs qu’il n’existe pas de parcours type. Haute Autorité de santé
Ce que l’on peut réellement choisir
La vraie liberté ne consiste pas à choisir une identité pour rassurer son entourage. Elle consiste à ne pas être contraint de se conformer à une identité imposée.
On peut choisir un mot — ou décider qu’aucun ne convient. On peut choisir un prénom, des pronoms, une manière de s’habiller, le moment d’un coming out, ou décider de ne rien dire. On peut aussi demander à être accompagné dans ses questions, avancer lentement, suspendre une démarche, en commencer une autre, ou ne rien entreprendre du tout.
Mais ces choix ne sont jamais purement théoriques. Se dévoiler peut coûter cher quand on dépend de sa famille, de son employeur ou de son logement. Changer de prénom peut être une joie ; cela peut aussi exiger de l’énergie, des démarches et du soutien. Dire que chacun est libre ne suffit pas : encore faut-il que cette liberté soit concrètement possible et sûre.
Le droit de ne pas répondre, de ne pas se justifier et de prendre son temps en fait partie.
Explorer n’est pas convertir
Être accompagné pour comprendre ce que l’on ressent n’a rien à voir avec être poussé vers une réponse imposée. Une écoute respectueuse laisse de la place aux questions ; une « thérapie de conversion », elle, connaît d’avance la réponse qu’elle veut obtenir.
Ces pratiques prétendent modifier ou réprimer une orientation sexuelle, une identité de genre ou une expression de genre pour ramener une personne vers une norme. L’American Psychological Association conclut que les tentatives de changement de l’orientation sexuelle sont peu susceptibles de réussir et peuvent être nocives. APA De son côté, l’Organisation mondiale de la santé a sorti l’incongruence de genre de la catégorie des troubles mentaux dans la CIM-11 : être trans ou avoir une identité de genre diverse n’est pas, en soi, une maladie mentale. OMS
En France, la loi interdit les pratiques répétées qui visent à modifier ou à réprimer l’orientation sexuelle ou l’identité de genre lorsqu’elles altèrent la santé. Elle ne vise pas l’écoute ni le temps de la réflexion ; elle vise la pression, la culpabilisation et l’idée qu’il faudrait redevenir conforme. Légifrance
La liberté, ce n’est pas d’entrer dans une case
La bonne question n’est donc pas : « Cette identité est-elle assez fixe pour être vraie ? » Une personne n’a pas à prouver la stabilité de ses mots pour être légitime.
La vraie question est plutôt : peut-elle vivre sans se cacher, sans être ramenée de force à une norme, et avec assez de sécurité pour avancer à son rythme ? On ne choisit peut-être pas ce que l’on ressent. Mais nous pouvons collectivement choisir de laisser à chacun la place de le comprendre, de le dire et de le vivre.
FAQ
Quelle est la différence entre orientation sexuelle et identité de genre ?
L’orientation sexuelle concerne les attirances affectives, romantiques ou sexuelles. L’identité de genre concerne la manière intime dont une personne se situe par rapport au genre. Elles sont indépendantes : une personne trans peut être hétéro, lesbienne, gay, bi, pan ou asexuelle, comme une personne cisgenre.
Peut-on choisir son orientation sexuelle ?
On ne décide pas volontairement de ses attirances. En revanche, on peut choisir les mots qui décrivent le mieux son vécu, le moment où l’on en parle, ou décider de ne pas se définir. Attirances, pratiques et identité déclarée ne se recoupent d’ailleurs pas toujours. Inserm, CSF-2023
L’identité de genre peut-elle évoluer ?
Oui. Certaines personnes se reconnaissent très tôt dans leur genre, d’autres ont besoin de temps, changent de mots ou traversent une période de questionnement. Une évolution de parcours ne rend pas une identité moins réelle : personne n’a à prouver qu’il ou elle a toujours eu les mêmes mots pour être légitime.
Faut-il faire une transition pour être trans ?
Non. Une transition peut être sociale, administrative, médicale, ou ne pas avoir lieu. Changer de prénom, demander d’autres pronoms, modifier son expression de genre ou n’entreprendre aucune démarche sont autant de possibilités. Il n’existe pas de parcours obligatoire. Haute Autorité de santé
La visibilité LGBT+ « influence-t-elle » les jeunes ?
La visibilité donne surtout des repères, du vocabulaire et parfois le sentiment de ne plus être seul. Elle ne « fabrique » pas une orientation sexuelle ou une identité de genre. Un environnement accueillant peut permettre de se dire plus tôt ou plus librement ; il ne décide pas à la place des personnes.
Les thérapies de conversion peuvent-elles fonctionner ?
Non. Elles reposent sur l’idée erronée qu’il faudrait modifier ou réprimer une orientation sexuelle ou une identité de genre. Les associations professionnelles de santé alertent sur leur absence de fondement et leurs risques ; la France interdit les pratiques répétées qui altèrent la santé et visent ce résultat. Légifrance
Comment soutenir une personne qui se questionne ?
Écouter sans exiger de réponse immédiate est déjà beaucoup. On peut demander quels mots, prénom ou pronoms la personne souhaite utiliser, respecter sa confidentialité et éviter les questions intrusives. Le plus important est de ne pas vouloir décider à sa place — ni de la pousser à se définir avant qu’elle en ait envie.